Lèpre

ça ne concerne que tes pleurs et ton sourire
et je t’emmerde

tes pleurs et ton sourire
je voudrais les encadrer les accrocher au mur
qu’on s’assume et qu’ils trônent pour de bon
au-dessus de nos inexistants

adesba‘aladh-dhabâbshayṭān

il y a il y a un châtiment dissimulé derrière chacun de ces chaque geste affectueux
derrière chacune de ces caresses
que je simule
parce que j’ai perdu la tendresse il y a longtemps
par pure négligence
je l’ai laissée rouler sous un meuble et on
et on ne l’a jamais revue

tout incendier tout carboniser tout incinérer

je te calligraphie des petites lettres sur la peau
et comme tu ne sais pas lire
je te dis que ce sont des mots doux
et tu me crois

tout incendier tout carboniser tout incinérer

lorsque tu me regardes ce que tu vois c’est un
un homme habillé en femme habillée en homme

lorsque nous regardons bouillir le thé
c’est un mélange de sang gris de feuilles de menthe
et nos veines grises et nos yeux gris qui flottent à la surface
la maladie qui rampe là dessous le lit
nos avortés qui nous méprisent au visage

nos récits sont des récits de malheur
nos rapports sont des rapports de malheur
et nos châteaux de sable des châteaux de cendres

tout incendier tout carboniser tout incinérer

les rats
la maladie

et ça finira de perdre les dents
et ça finira de perdre une oreille
et ça finira d’entendre que les mouches
et ça finira d’ouvrir bien la bouche, pour que ça sorte, pour que la chair se décolle
et ça finira de vomir du sang sous le voile de la lune
et ça finira de pointer du doigt le nuisible et l’inutile
et ça finira par fondre
et ça finira le soir
et

ça ne concerne que tes pleurs et ton sourire
et je t’emmerde
parce que je voudrais être seul avec
avec un diable chic

adesba‘aladh-dhabâbshayṭān

et songer que

et la tombe, et la compagnie de la mort
et le diable
et la mamie qui cuisine le chat
et la mamie qui mange le chat
et le diable
et le fauteuil
et les faux deuils
et le diable
« si y a plus de pain, y a du mille-feuille »
dit la mamie
avec ce quelque chose d’incapacitant
qu’ont les personnes âgées

tout incendier tout carboniser tout incinérer

les rats
la maladie

j’avalerai la maladie
et je recracherai les rats
et j’en crèverai sûrement
mais au moins, je crèverai seul

tout incendier tout carboniser tout incinérer

démanteler les monades et mourir seul
mourir seul et en riant

ça ne concerne que tes pleurs et ton sourire
et ça te bouffera le verbe

Shaomi & Khalid EL Morabethi

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