Devant la cause

Devant la cause, là où il demeure (blind dream, blindream)
Ça se chante en chœur et à cri devant la chose, devant le bordel aseptisé de cette écœurante jeunesse !
Ça fait longtemps qu’il est là, à tressaillir devant l’écran, à s’en resservir une dose à chaque fois que la bête le lui demande (blind dream, blindream).
Ça fait bien longtemps qu’il est là, à corriger ses feuilles, à préparer ses attaques. Il en a composé, des pamphlets. Il n’en composera jamais assez. Il y a toujours une nouvelle loi.
C’est horriblement beau, tout ce que la bête a écrit sur l’autre monde.
Il y avait matière à faire, tant de matière…
(Tu rêves de bûchers.)
Il y avait l’ordre et le beau.
Il y avait les uniformes.
(Tu rêves de leurs chairs qui brûlent.)
Il y avait la blancheur.
Il y avait l’harmonie des formes classiques.
(Tu rêves de leurs cris.)
Il y avait l’ordre, oui.

Devant la cause, là où il demeure (blind dream, blindream)
Ça se chante, ça se récite, nul besoin de réinventer les mots, de réfléchir au langage : tout est là, tout est là, prêt à l’emploi.
Il suffit d’adopter le champ sémantique et de se laisser réinformer.
Devant la bête, terrifiante d’autorité.
Dessous la lune qui penche, prête à tomber sur le monde.
(Il suffira d’un souffle.)
Ils verront bien, quand elle tombera.
Ils verront bien, oui.
Ils verront bien, qu’il avait raison.

Il a essayé de le leur faire comprendre.
Il a essayé de leur faire comprendre le mal qu’ils causent.
Le mal.
Le Grand Mal, avec des MA-JUS-CULES.
Il a essayé de leur faire comprendre le mal qu’ils causent, qu’ils se causent à eux-mêmes, qu’ils causent à tous et à chacun.
Mais ils n’entendent que ce qu’ils veulent. Ils se sont laissés berner par les chants de liberté de sirènes révolues.
Il leur a exposé les dangers. Il leur a dit le remplacement. Il leur a expliqué le choc. Il leur a montré les chiffres et les images.
Et eux, tout ce qu’ils trouvent à dire, c’est qu’il faut vérifier.
(Vérifier quoi ?)
Eux, tout ce qu’ils trouvent à dire, c’est que les images sont truquées.
(On s’en fout !)
C’est que les chiffres sont faux.
(Ce n’est pas le problème !)
Que les faits sont approximatifs.
(Les détails importent peu !)
Que le choc n’a pas lieu.
(Alors, d’où viennent ces kalachnikovs ?)
Que le remplacement est une fable.
(Alors, d’où viennent ces femmes ?)
Que les dangers sont intrinsèques à la vie.
(La vie était sans danger, autrefois !)
Ils ne comprennent pas que ce ne sont pas les chiffres et les images qui comptent, mais ce qu’ils illustrent.
Le mal.
Le Grand Mal, avec des MA-JUS-CULES.
Il a essayé de leur faire comprendre le mal qu’ils causent mais ils n’embrassent que ce qui leur convient : le cœur, la lueur, la foi, le choix, le sang des esclaves, le temps du changement, les droideuloms, le rock’n’roll, la danse contemporaine, les veines du mal dont s’écoule le mal.
Ils se suicident pour vivre, leur liberté s’écoule et contamine.
(Ils verront bien, leur ère du verseau, le bain de sang que ça sera !)
Une liberté rythmée, un sang fluo. Comme les néons d’une rave party.
(Ils t’ont dit qu’il n’y a que les vieux comme toi, pour employer le mot « rave », et ils se sont détournés en riant !)

Ils ignorent que l’eau du robinet est contaminée. Ils ignorent que les vélos n’ont été mis à disposition des passants que pour les tuer, parce qu’ils ne sauront jamais s’en servir correctement. Ils ignorent que les rythmes leur feront faire des bébés, qu’ils assassineront ensuite, et que ces petits fantômes implorent leur pitié. Ils ignorent que l’avenir est une abomination qu’il faut conjurer avant qu’elle ne se propage au présent. Ils ignorent que le passé est le seul et unique avenir sûr.
Le seul avenir, oui.
Si on veut survivre.
Si on veut survivre.
Il avait éteint sa télévision, pour la toute dernière fois, lorsqu’elle l’avait menacé. Le présentateur était clair : « Je vais t’avaler la tête et recracher ton espérance de vie ! ».
C’était inacceptable et il avait crié.

Il n’y a plus rien, que les décombres de la civilisation.
(Elle qui fut si belle, comme Romy Schneider !)
Il n’y a plus rien que le mal.
Ses petits-enfants épouseront des animaux, des robots peut-être qui sait.
Ce nouveau vent n’apporte rien d’autre que le mal.
Ses petits-enfants seront émasculés par des femmes plates aux chattes rasées.
Le mal.
Le Grand Mal, avec des MA-JUS-CULES.
Devant la cause, là où il demeure (blind dream, blindream)
Ça se scande et ça s’en va et ça revient comme une chanson populiste.
Alors, il clique sur un autre lien.
Il clique et clique et clique encore et encore, parce qu’il sait qu’il va mourir un jour.

Khalid EL Morabethi & Shaomi

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s